L’Ontario, départ d’une grande traversée !

L’Ontario, départ d’une grande traversée !

Et voilà, nous venons de franchir notre première frontière provinciale. On s’attendait à un barrage, un poste-frontière, des barricades, un contrôle douanier quelconque, mais non, rien, juste une pancarte (en français) : « Bienvenue en Ontario, ouvert aux affaires ». Bon, on a trouvé plus accueillant comme message d’accueil, mais nous sommes au Canada, so « business is business ».

De prime abord, rien de très changeant, nous continuons notre route au milieu de prés et de champs bucoliques.
On se prépare psychologiquement à la grande traversée d’est en ouest. Des milliers de kilomètres nous attendent dans un paysage plat et monotone, où seuls les panneaux signalétiques seront notre divertissement sur cette route rectiligne bordée de champs de céréales à perte de vue. Enfin, ça, c’est ce que l’on croyait.
Après les prés, nous entrons dans une région vallonnée et sauvage où de grands pins blancs bordent les lacs. Ce paysage est unique, un mélange du Sud de la France et du Lac des Settons. On décide de s’arrêter au prochain lac… trop tard ! Nous arrivons trop vite à Sudbury, une grosse ville, le paysage est sec, caillouteux, les grands pins ont disparu… Cela fait déjà plusieurs heures que nous roulons, il fait chaud, Geoffrey et moi sommes dépités. Nous avons trop repoussé notre arrêt et le paysage a maintenant changé. Nous étions dans un état d’esprit « nous devons faire de la route » et nous avons maintenant le sentiment d’être passés à côté de quelque chose. Cet arrêt manqué fut un de nos principaux regrets de ce début de voyage en Ontario. A partir de ce jour, nous n’avons plus jamais repoussé un arrêt intéressant au profit de la route.

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J’encourage Geoffrey pour que nous continuons notre chemin jusqu’au parc provincial de Killarney, sans lui préciser qu’il s’agit d’une voie sans issue de 80 kilomètres (one way). Nous trouvons un spot pour la nuit à la mise à l’eau d’un lac. Le cadre est vraiment top, très différent de ce que nous avons connu jusqu’à présent. L’eau est claire, il y a beaucoup de végétations et des rochers affleurants. Geoffrey fait quelques lancés depuis le ponton et attrape ses premiers Bass du Canada. Quant à moi, après une petite baignade (douche), j’attrape ma première sangsue ! Là, ce fut une grande découverte sur moi-même : j’ai peur des sangsues. Je découvre par la même occasion que ces bestioles ne vivent pas seulement en Asie… Après une observation minutieuse des lacs du Canada, le verdict tombe, ils en sont remplis ! Depuis cette fameuse baignade, j’ai désormais une petite appréhension lorsque je fais mes premiers pas dans l’eau (surtout si la température est chaude et qu’il y a de la végétation, repère incontesté des sangsues).

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Le lendemain, nous partons pour le parc de Killarney. Nous avons changé de province, donc changement de système de gestion des parcs. Celui-ci est payant (comme au Québec mais moins cher), les chemins de rando sont marqués (pour les plus fréquentés) ou non marqués (dans l’arrière-pays). Le parc est néanmoins globalement moins aménagé. On décide de partir en canoé sur le lac. Le paysage est superbe, le lac est enclavé entre des pinèdes et des falaises rocheuses aux tons jaune et rouge, l’eau est de couleur émeraude et chaude. Un portage (cad porter le canoë sur les épaules) nous permet d’accéder à un second lac recouvert de nénuphars.
Après cet arrêt, on continue notre route (sans-issue toujours) jusqu’à Killarney, la ville cette fois. On découvre le Lac Ontario au détour d’une randonnée. C’est le premier des grands lacs du Canada, une mer au milieu d’un continent. L’eau est douce, limpide, chaude et exempt de sangsue. Le cadre est encore une fois superbe, nous sommes enchantés. Mais où est donc le paysage plat et monotone tant décrié ? Eh bien, surement pas en Ontario ! Quelle belle surprise !

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Entre temps, nous apprenons que notre aller-retour pour le mariage du frère de Geo en France est annulé et que la fermeture des frontières canadiennes est prolongée. Aucun remboursement ne sera possible, nous avons tout juste droit à un avoir dans des compagnies qui n’effectuent plus de vol pour la France. Même lorsqu’on essaie de l’oublier, le Covid nous rattrape toujours. Les démarches pour pouvoir rentrer sur le territoire canadien avec notre visa sont laborieuses et complexes ; justificatifs divers (travail, loyer, factures, etc.) et surtout, plan de quatorzaine avec la preuve de séjour, l’ensemble des transports réservés d’un point à un autre, la nourriture, la personne qui viendra nous apporter les courses, etc. Il faut aussi surmonter l’embarquement dans l’avion avec les agents de vol qui ne sont pas forcément au courant des dérogations d’immigration et qui peuvent tout simplement nous refuser d’embarquer. Nous retournons le problème dans tous les sens mais nous ne trouverons pas la solution à ce problème. Que faire si nous sommes bloqués à Paris, sans logement, sans emploi, en confinement ? Qu’adviendra-t’il de notre projet de voyage au Canada ? Que faire de notre van et de nos affaires restés ici, une fois bloqués en France ?
Je laisserai Geoffrey prendre la décision finale. Pour le moment, nous gardons espoir d’une ouverture prochaine des frontières canadiennes (d’ici au 18 juillet) et reprenons la route en direction d’une métropole dotée d’un aéroport international (Winnipeg).

Nous remontons la côte du lac Ontario jusqu’à l’île de Manitoulin. Geoffrey râle car c’est encore une voie sans issue. Cette île est majoritairement habitée par les premières nations (amérindiens). Leur culture semble bien mise en avant et préservée… Problème, toutes les routes qui mènent aux villages sont fermées en raison du Covid. Nous ferons une rapide rando sous une pluie torrentielle avec un joli point de vue…dans les nuages. Sur le retour, nous croisons une grosse tortue terrestre traversant la route à son rythme (je n’ai malheureusement pas eu le temps de dégainer mon appareil photo, elle marchait bien trop vite ou serait-ce la conduite de Geoffrey ? je m’interroge toujours).

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Nous remontons le long du lac Supérieur, la côte est sauvage, magnifique, nous croisons très peu de villages. Nous installons notre campement près d’une rivière sinueuse au courant modéré (la white river). Le canoë à l’eau, j’ai maintenant assez de force pour remonter la rivière pendant que Geoffrey… pêche. Il attrape un brochet quasiment à chaque lancé. Nous observons les empreintes et les traces d’animaux sur les berges, cela semble très fréquenté par ici ! Au détour d’un virage, sur un lac formé par un ancien bras, nous apercevons un énorme orignal, sombre et imposant, c’est le plus gros que l’on ait jamais vu. Il est en train de patauger dans l’eau et s’enfuit à notre venue.
De retour sur terre, Geoffrey découvre qu’il a une sangsue sous le pied ! Branle-bas-de-combat (enfin pour moi, car Geo, lui, trouve ça moelleux de marcher dessus, une nouvelle semelle) ! Elle fait au moins 5 centimètre en position boule (oui car c’est un peu comme des chenilles ces trucs), je retiens comme je peux un haut-le-cœur, attrape l’allume-gaz, et commence à déranger la bestiole qui tombe au sol en quelques secondes, laissant sur le pied un agglomérat de bébé-sangsues (et une brulure 😉 ), je retiens un deuxième haut-le-cœur et sort ma seconde arme, un spray de Biseptine sur les rejetons qui s’avouent eux aussi vaincus. Je sors dehors respirer, la guerre est finie ! Je découvrirai plus tard une méthode bien plus efficace : le sel.
Ce soir, Geoffrey a gardé un « doré » (un poisson), très certainement le meilleur que l’on ait mangé jusqu’à présent.

Malgré les sangsues, cette rivière est un de nos plus beaux souvenirs de l’Ontario.

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Notre prochain arrêt a lieu sur la presqu’île de Sleeping Giant (le géant endormi). Au programme, escalade sur une superbe falaise et randonnée. Après une première journée réussie, il pleut le second jour. Je suis indécise à l’idée de partir marcher sous la pluie et préfère renoncer. Nous allons juste au point d’eau potable à l’entrée du parc pour faire le plein. Geoffrey tourne la clé du contact de Raccoon et BAM ! Un bruit assourdissant retentit sous la capot et une odeur de brulé se dégage du moteur. Je vois la panique dans les yeux de Geoffrey, qui doivent être un miroir des miens. Un employé du parc nous interpelle depuis un hangar à proximité et nous dit de rapprocher notre engin. C’est un mécanicien du parc, on est tombé en panne à côté de leur garage ! La chance dans une situation de malchance ! On redémarre Raccoon la peur au ventre, il broute, il fume, on avance telle une tortue de l’Ontario jusqu’au hangar. Le mécano (de tondeuse à gazon) inspecte notre moteur et repère une bougie qui semble cassée. Malgré tous ses efforts et sa gentillesse, il n’a pas les outils et ne peut rien faire. Il faut se résigner à appeler un remorqueur depuis la ville la plus proche, Thunder Bay. Cela ne fait qu’un tour dans ma tête, nous sommes au bout d’une presqu’île à 40 km de la highway (nationale) qui est encore loin de 60 km de Thunder Bay. Un petit billet de 1000 dollars d’après le mécanicien (et ça, juste pour le remorquage). Il en appelle un pour nous qui devrait arriver d’ici une heure.
En attendant, je panique un peu (enfin beaucoup), et si Raccoon était foutu ? Et s’il fallait changer le moteur ? Comment faire pour continuer le voyage à pieds ?
Je m’occupe comme je peux en faisant des choses inutiles, remettre en place la housse des matelas, arroser ma plante, préparer un sac pour aller dormir à l’hôtel, etc. Une heure passe, il est 18h30, pas un signe du remorqueur. Nous n’avons aucun moyen de le joindre (pas de réseau). Dix-neuf heures, Geoffrey ouvre le moteur et trifouille la bougie. Elle semble simplement sortie et dévissée de son réceptacle et l’anti-parasite (une sorte de cache situé dessus) est cassé. Je lui demande depuis quand il suit des cours de mécanique automobile. Il me dit que c’est comme sur son ancienne mobylette de 1979… Rassurant pas vrai ? Je suis un peu septique mais bon, il est vrai qu’en rallumant le moteur et en enfonçant la bougie, le moteur ne broute plus. Un garde du parc vient nous voir, le remorqueur a appelé, il ne viendra pas ce soir. Heureusement que notre véhicule est aussi notre maison. Geoffrey commence à arrêter toutes les voitures qui vont et viennent au camping du parc à la recherche d’une clé à bougie. Le parc est maintenant fermé. Geoffrey explique la situation au garde à l’entrée. Après plusieurs tentatives, il parvient à trouver LA bonne clé et on peut enfin revisser la bougie. Raccoon redémarre comme si de rien n’était mais nous, on serre les fesses. On repart, deux kilomètres plus loin un ours ! Nous n’en avions pas vu depuis la Gaspésie. Le stress nous empêche un peu de profiter de ce moment.

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On rejoint la highway, ouf, nous sommes déjà soulagés. Nous arrivons sans embûche à Thunder Bay à 300 mètres d’un garagiste pour passer la nuit. Le lendemain, direction Doc’ le garagiste pour une consultation qui nous répond : Ah ouai, ça arrive tout le temps sur ces Ford à cause des vibrations des routes en graviers !
Je dois faire un petit aparté sur les « garagistes » du Canada. Autant vous dire qu’ici, ce n’est pas le même système qu’en France. Pas de prévention, on répare et on change seulement quand ça casse ! Pas de révision annuelle, pas de contrôle technique. Seule inquiétude, la vidange, qui doit se faire tous les 5000 km. Pour ça, rien de plus simple, direction un centre express (littéralement comme un drive chez Mc Donald), pas de rendez-vous, tu restes dans ton véhicule, tu choisis ton huile, ton filtre, tes suppléments en option, et en 15 mn c’est réglé. Ils ont aussi des garages différents pour la mécanique, l’électronique, la géométrie, la transmission, la carrosserie, les pneus… Et surtout, ils ont un super système de livraison de pièces. Chaque ville possède un magasin de stock de pièces qui livre en 30 minutes top chrono. Notre véhicule étant hyper commun, nous n’avons jamais eu à attendre. Dernier point positif, en Amérique du Nord tout est gros, les véhicules, les moteurs, les pièces, etc. Il y a donc de l’espace et tout est accessible. On est bien loin des voitures européennes et de nos Clio où le changement d’une ampoule peut prendre une heure tellement les accès sont difficiles (ils ont aussi des garages spéciaux pour elles).

Bref, une heure plus tard, c’est réparé. On en profite pour prendre une assistance routière (une assurance supplémentaire pour le remorquage qui nous couvre 160 kilomètres depuis une centre auto).
Cette panne nous fait prendre conscience à quel point notre voyage est dépendant de notre véhicule. Raccoon c’est notre maison, notre moyen de transport pour nous rendre d’un point à l’autre, mais surtout, la liberté d’aller dans des endroits reculés où aucun transport en commun ne pourrait nous emmener. Le fait de l’avoir aménagé nous-même renforce d’autant plus l’attachement que nous avons pour lui. Depuis le début du voyage, nous nous efforçons à ne pas être « matérialistes », à ne pas se focaliser sur du « matériel » mais sur des éléments plus importants, les rencontres, la famille, les amis, les expériences, notre environnement, nos connaissances, etc. Mais parfois, cela nous rattrape et on s’agace.

Nous poursuivons notre route et nous rapprochons de la date du mariage. Les frontières restent closes. Geoffrey opte pour la voie de la raison à celle du cœur et prend la décision de ne pas rentrer en France.
Nous sommes le 18 juillet, nous savions que cette décision était la plus sage mais à l’heure du mariage, nous aurions aimé faire machine arrière, prendre le premier vol et retrouver toute notre famille. A la place de ça, nous sommes tous les deux, entre quatre yeux, à regarder les photos défiler, seuls et isolés. Le fait d’être seuls n’a jamais été aussi pesant qu’à cette période. Je pense que c’est finalement l’épreuve la plus difficile que l’on ait due traverser, surtout pour Geoffrey. Cela, nous rendra tous deux bien plus irritables l’un envers l’autre, ce ne fût pas la meilleure période entre nous. L’avantage est qu’en van, impossible de fuir, il n’y a que la parole qui libère les maux.

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Les kilomètres défilent et nous arrivons au parc provincial de Quetico. Ici, la forêt est morcelée et ponctuée de milliers de lacs qui communiquent entre eux. Il est possible de réaliser des expéditions de plusieurs jours en canoé. Nous hésitons, mais notre kayak K-2000 ne nous permet pas d’embarquer des gros sacs, des provisions, des cannes à pêches, etc. Les canots canadiens, eux, sont beaucoup plus adaptés. Ce n’est pas grave, nous partons pour la journée. Nous naviguerons dans deux lacs aux jolies plages de sables reliés par une rivière. On aura la chance de voir plusieurs petites tortues se prélassant au soleil. Geoffrey fait quelques brochets et des Bass. Un petit garçon lui demande s’il les attrape avec des sangsues, car il est en train d’en chercher dans le sable. Je me dis intérieurement que s’il pouvait toutes les attraper, ça ne serait pas plus mal.

On finit ce voyage en Ontario par une autre expédition en canoé, des parties de pêche miraculeuses (d’après Geoffrey) et des observations d’animaux (orignaux, serpents, et ours noir à 100 mètres de notre campement).

L’Ontario est décidément la grande surprise de cette traversée. Cette province semble totalement oubliée des guides français alors qu’elle a, tout autant voire plus, à offrir que le Québec.

Nous sommes le 20 juillet, nous quittons l’Ontario et poursuivons notre grande traversée en direction du Manitoba et du Saskatchewan.
Nos photos par ici.

3 réactions au sujet de « L’Ontario, départ d’une grande traversée ! »

  1. Salut les copains, merci pour l’article et les photos, ça fait plaisir de vous lire et voir sur les photos.
    Je crois que j’ai encore un article de retard.
    Profitez à fond, en vous embrassant !

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