Kootenay et ses grands lacs

Kootenay et ses grands lacs

Nous continuons notre périple au sud de la Colombie-Britannique. Je regarde rapidement (peut-être trop… vous comprendrez pourquoi) les randonnées du coin et tombe sur « Fisher Peak ». Une courte randonnée qui, sur le papier, a l’air top : 10 km aller-retour, une vue époustouflante sur les sommets environnants, 1300 m de dénivelé… Là, il est vrai que j’aurais dû me poser un peu plus de questions, et me dire que 1300 mètres de montée sur 5 kilomètres après plusieurs jours de randonnée dans les pattes, c’est un beau défi.
Confiante, nous prenons la route. C’est de nouveau la canicule ici, le temps est magnifique. La route goudronnée se transforme en une route forestière puis en un chemin de moins en moins praticable pour notre véhicule, c’est-à-dire, un deux roues motrices… Le chemin est sinueux, caillouteux, étroit, et ça monte. J’annonce à Geo que 10 kilomètres de chemin compliqué nous attendent. Je le sens énervé, stressé et inquiet. Moi-même, tout en essayant d’être rassurante, je n’en mène pas large et me cramponne au siège. Qui pourrait donc nous venir en aide sur un chemin pareil ? D’ailleurs, quel type de véhicule serait capable, à la fois d’emprunter ce chemin étroit mais également de tirer notre van de cette impasse ? J’essaie de ne pas penser au pire en me concentrant sur la route. Il faut dire que dans l’excitation du matin, j’ai tout simplement omis de vérifier les conditions d’accès au départ de la randonnée. Le demi-tour est impossible, la marche arrière est impensable. Après avoir franchi un secteur d’éboulis, un pierrier et un creek (c’est-à-dire un petit ruisseau, oui rien que ça), nous arrivons tant bien que mal à notre destination. Trois véhicules sont stationnés là… enfin trois 4×4…

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Raccoon sent le chaud, le ventilateur tourne à plein régime, on ouvre le capot brulant pour lui faire prendre l’air. Je m’en veux de lui avoir fait subir ça. Il n’était pas prêt mécaniquement et moi je ne l’étais pas mentalement, sans oublier Geoffrey, qui a perdu 5 litres de sueur avant même d’avoir posé un pieds sur le chemin de randonnée. Je croise les doigts pour que Raccoon redémarre à notre retour et qu’il ne « pète pas une durite » comme il nous l’a déjà fait.

On s’attaque à la rando afin de n’être pas venus pour rien ! Comme prévu, ça monte raide, face à la pente, sans même prendre le temps de faire une serpentine. Je me concentre sur mes pieds lorsqu’un poids me tombe sur la tête ! Assommée, je bascule en arrière et me retrouve sur le dos en contre bas du chemin, les 4 fers en l’air. Geo me regarde en pouffant de rire et me compare à une tortue sur le dos, incapable de se remettre seule sur ses pattes. Complètement abasourdie, je comprends que je me suis cognée dans un tronc d’arbre couché au travers du chemin. Eh oui, quand on mesure 1m60, on n’a pas forcément le réflexe de regarder au-dessus de sa tête. Remise de mes émotions, nous poursuivons notre chemin. Au fur et à mesure du dénivelé, nous arrivons à découvert. Sur les pierriers, la chaleur est écrasante. Geo ne décroche pas un mot, encore stressé de la route, il anticipe déjà les virages en épingle du retour tel un pilote de course. Nous arrivons enfin au col après une dernière montée où les mains se trouvent être aussi utiles que les pieds. Il reste encore 300 mètres de dénivelé jusqu’au pic. On est crevé (enfin surtout moi) et Geo, toujours angoissé de la route, n’arrive pas à profiter du paysage. On décide donc de redescendre (l’absence d’eau dans nos gourdes a facilité la prise de décision…).

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Arrivés au véhicule, on serre les fesses en tournant la clé. Le véhicule démarre comme si de rien n’était, tout va bien, ouf. On redescend lentement et le stress commence à s’envoler jusqu’à ce que l’on tombe nez à nez, au détour d’un virage, sur un arbre couché au milieu du chemin. Il nous coupe entièrement la route. Je regarde Geo et éclate de rire, mais ce n’est pas réciproque. Il commence à me dire que je ne réalise pas, que l’on va être bloqué là, à attendre une tronçonneuse imaginaire, etc… Moi, je me dis dans ma tête qu’il exagère et que nous avons bien de quoi tenir un siège avec nos réserves de nourriture et d’eau. Mais bon, je descends et c’est vrai que ça pèse un âne mort ce truc ! Sans tergiverser, je commence par arracher et casser toutes les branches, Geo s’attaque aux plus grosses. Une fois déplumé, il est déjà un peu plus léger. Nous arriverons finalement à le déplacer par petites tirades de quelques centimètres, juste assez pour passer avec notre véhicule.

Assez de stress pour une seule journée ! Nous décidons de nous arrêter au Rec Site le plus proche et le plus facile d’accès pour mettre fin aux aventures (on aime bien mais quand même !). Nous nous stationnons au bord d’un lac et profitons de la chaude soirée pour se baigner et nous détendre enfin (cad : Geo en slip avec une bière à la main et les pieds dans l’eau).
Après cette journée, nous avions besoin de faire une pause dans les randonnées. Nous reprenons donc la route, cap plein nord. Le paysage est un mixte de prairies sèches et de forêts de grands pins, on se croirait dans le sud de la France, sans les cigales, les touristes, l’urbanisation, la mer… pas le sud de la France quoi.

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La route suit l’immense lac de Kootenay, long de plusieurs centaines de kilomètres, sans la moindre habitation. Nous nous arrêtons de temps en temps pour faire un plongeon dans ses eaux turquoise. Ce paysage nous projette ce que serait le lac d’Annecy sans l’urbanisation de ses rives. Arrivées à mi-parcours, nous empruntons le second ferry de notre aventure (le dernier étant sur le Saint-Laurent, ça date) pour traverser le lac d’Est en Ouest.

Nous arrivons à la petite bourgade de Kaslo où le temps semble s’être arrêté dans les années 70. Les Westfalia Volkswagen colorés sont garés dans les rues, des attrape-rêves et diverses babioles sont accrochés aux terrasses, et les jardins sont en fleurs. Il ne manque plus qu’un hippie avec des dreads au milieu de la route pour sublimer cette carte postale (bon y‘a Geo, c’est presque ça).

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Nous recherchons notre prochain site récréationnel où passer la nuit. Geo a repéré un site près d’un lac. Nous nous engageons sur la route en gravier, elle est un peu chaotique mais ce n’est rien en comparaison à notre dernière expérience… 300 m avant l’arrivée, la route de 2 mètres de large est creusée dans le flan d’une falaise surplombant le lac. Geo m’envoie en éclaireuse (on apprend vite de nos erreurs). En contrebas, j’aperçois un 4×4 garé… avec une caravane ! J’informe mon pilote que la route est ok mais qu’il y a déjà quelqu’un sur le site avec une caravane. Qui est assez fou pour descendre une caravane sur cette route ? Il n’y a vraiment que des canadiens pour s’aventurer comme cela.
Nos voisins sont un couple de notre âge, Ashley and Cam (Cameron), accompagné de leur chienne Border Collie. On engage la conversation, le courant passe tout de suite. Nous passerons la soirée à discuter autour du traditionnel feu du soir.
Le lendemain, nous prenons un temps pour observer notre campement. Le lac est niché au creux d’une vallée enclavée. Nous sommes à côté d’une vieille cabane de trappeur en rondins. Nous entrons et observons les inscriptions qui datent parfois de plus d’un siècle. Nous essayons d’imaginer l’histoire de ce lieu… Abri de trappeurs, de pionniers, de chercheurs d’or ? Nous ne saurons pas.
Nous gonflons le canoë et partons, nous aussi, explorer les lieux. On traverse le lac dont nous n’apercevions pas l’extrémité depuis notre campement. Geo m’initie à une nouvelle « pêche » : la pêche aux leurres perdus. Cette nouvelle activité semble beaucoup plus drôle que la pêche aux poissons (et surtout plus lucrative), elle consiste à se promener en canoë le long de la berge pour récupérer tous les leurres accrochés aux troncs couchés dans l’eau. Cette « pêche » me réussit, on finit par remonter une dizaine de leurres en tout genre. C’est bien la première fois que la boite de leurres de Geo se remplit lors d’une sortie…
Il sort ensuite sa canne à pêche, mais en pleines eaux, ça mort peu. Arrivés à l’embouchure, le fond remonte, des troncs d’arbres se sont entassés là, l’eau est translucide. Geo commence à pêcher les truites à vue pendant que je l’attends patiemment (très).
Après cette sortie, nous retrouvons Ashley et Cam. Nous décidons de rester une nuit supplémentaire pour prolonger le temps en leur compagnie.

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Le lendemain matin, à 6h10 précise, alors que nous dormons tranquillement, j’entends un moteur. A travers la fenêtre, je vois qu’il ne s’agit pas seulement d’une voiture, mais qu’elle est accompagnée, elle aussi, d’une caravane. Le site ne possédant que deux petites places déjà occupées, je me dis que je n’aimerais vraiment pas être à sa place pour faire demi-tour. Elle s’aperçoit de la situation, s’arrête en plein milieu de la pente et semble vouloir faire marche arrière contre le flanc de la falaise. Décidément, il y en a qui n’ont pas peur. Je referme les yeux et lui souhaite bon courage. Et puis, une secousse, le véhicule a bougé accompagné d’un bruit sourd. Oui, on vient de se faire rentrer dedans à 6h du matin. Allez, tous les mecs (donc Geo et Cam) sortent du lit pour aider la demoiselle en détresse (je ne parle pas de moi mais bien de la conductrice). Après un passage à l’eau de la voiture sauvé in extremis, aucune autre solution que de dételer la caravane. La demoiselle finit par faire demi-tour, Geo part pêcher et moi je me re-couche car il est tout de même que 6h30. Et pour Raccoon, plus de peur que de mal, juste une nouvelle balafre de guerre.
Nous finirons par partir et quitter Ashley et Cam, un peu morose. Nous avons dû tirer à pile ou face car nous étions trop partagés. Rester pour profiter de l’instant présent ? Poursuivre l’aventure sans savoir ce qui nous attend ? Quel dilemme compliqué pour des voyageurs qui ont le temps de voyager de leur côté…
Notre aventure se poursuit par un arrêt aux sources d’eau chaude de Halfway. Une résurgence d’eau brûlante qui se jette dans une rivière glacée, avec des bains artisanaux éphémères creusés à même le lit de la rivière, un moment de détente bien agréable.

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Nous continuerons notre route en bordure de grands lacs avant de prendre notre dernier ferry pour rejoindre la ville de Revelstoke, point de départ de la « route des parcs nationaux des Rocheuses ».
On appréhende, fini la liberté et bonjour le tourisme de masse !
Nos photos par ici !

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