L’Alaska Highway

L’Alaska Highway

Cela fait déjà quelques centaines de kilomètres que nous avons quitté Prince George et les villes se font de plus en plus rares. Nous prenons la direction d’une des dernières grandes routes construite du Canada : l’Alaska Highway.
Comme son nom l’indique, celle-ci connecte la Colombie-Britannique à Fairbanks, en Alaska. Mais pour nous, la frontière canadienne étant toujours fermée, nous éviterons de sortir du pays.
Pour la petite histoire, cette route a été construite en 1942 par 10 000 soldats américains en une vitesse record de 8 mois. Son rôle était de faciliter la communication entre les USA et l’Alaska alors que le Japon se rapprochait dangereusement de celle-ci. Autant vous dire qu’avec ce délai, la route suit le relief et les fonds de vallée, sans un tunnel et avec un minimum de ponts.
Un dicton accompagne cette route : « j’ai conduit l’Alaska Highway et j’ai survécu ». Pour être honnête, ça fait déjà plusieurs centaines de kilomètres que nous roulons et nous ne comprenons pas très bien ce dicton (Geoffrey a bien plus de suées sur un chemin forestier en gravier de quelques mètres). Ici, la route est large, c’est une 2×2 voies (chose rare au Canada) et il y a un bas-côté dégagé d’environ… 10 mètres !
A vrai dire, on s’ennuie un peu, c’est plat, il y a des sapins à perte de vue et, en guise de distraction, des torchères un peu partout. Nous partons à la recherche de randonnées. L’absence de fréquentation n’aide guère et nous ne trouvons pas les points de départ… Heureusement, distraction bien plus drôle que les torchères : les ours. Nous en apercevrons plus d’une quinzaine, profitant des prairies de bord de route pour grignoter les herbacées.

A défaut d’aventure et de randonnée, nous roulons jusqu’à Fort Nelson. L’arrivée se fait sous la pluie et nous avons du mal à trouver un endroit isolé (mais praticable) pour dormir. Le moral est dans les chaussettes.
Le lendemain, après notre traditionnelle visite à l’office tourisme, l’employée nous remet un carnet de toutes les randonnées à venir ! Le moral remonte immédiatement à bloc ! Elle nous met également en garde de la présence de bisons sur la highway… Whaaat ? Qu’ai-je entendu ? Des bisons ? Après les avoir pourchassés dans le parc des Grandes Prairies, j’apprends que des individus circulent librement le long de la route ?! Je suis super excitée, je note les kilomètres où ils ont été aperçus et croise les doigts pour avoir la chance d’en observer.

Nous allons retraverser les Rocheuses pour la 5ème fois (et dernière normalement) !!! Nous prenons la route et après quelques kilomètres, le paysage change, la route serpente et le nombre de véhicules chute drastiquement. Nous montons le col de Steamboat Hill (traduction : colline… Je n’avais pas vraiment cette vision d’une colline moi). Pas de chance, nous sommes complètement dans les nuages mais ça semblait chouette ahah (pour rappel, pour nous, l’été s’est terminé le 10 août avec la première neige) !
De l’autre côté, la vallée se dégage et nous nous engageons dans une petite randonnée bien sympathique. La forêt est moussue, nous trouvons rapidement un cèpe jaune puis des dizaines, ainsi qu’un autre champignon ressemblant fortement à un pied de mouton.

N’étant pas sûre des identifications, nous garderons seulement les cèpes. J’apprendrai bien plus tard, qu’il s’agissait bien de pieds de mouton. Nous grimpons jusqu’à un petit lac, les herbes sont plaquées au sol, nous ne sommes apparemment pas les seuls mammifères à trouver cet endroit idéal pour un bivouac.
Nous poursuivons notre chemin à travers ces montagnes. La grandeur des paysages, notre isolement, nos multiples rencontres avec la vie sauvage, dessinent le voyage canadien dont nous rêvions. Nous essayons de capturer ces instants précieux, loin de tout, où la vie s’oublie, où notre esprit se focalise naturellement sur l’essentiel, c’est-à-dire, notre extérieur.

Plus tôt dans l’article, je disais ne pas comprendre le dicton lié à l’Alaska Highway. Bon, je dois revoir mon jugement. Au cœur des Rocheuses, la route est à flanc de falaise, encaissée dans des vallées étroites. Elle parait désormais bien plus impressionnante. A cette saison, cela ne pose pas vraiment de soucis mais nous nous questionnons sur les conditions de circulation hivernales…

Nous sommes désormais au parc provincial de Muncho Lake. Nous débutons une rando menant à un lac (encore). Nous sommes toujours seuls alors nous profitons pleinement du paysage. Cela ne durera pas. Sur le chemin du retour, nous croisons un groupe de randonneurs, puis un second, puis un autre. Après avoir été seuls pendant plusieurs jours, on se retrouve envahi par la foule (enfin, 10 personnes). On devine alors qu’on est samedi.


A ce moment-là, j’aperçois un animal courir à quelques dizaines de mètre de nous, un caribou ! Il semble complètement paniqué, surement à cause des chiens que nous venons de croiser. Un sentiment de joie nous envahit, nous n’avions pas vu de caribou depuis… la Gaspésie (ça date !). Nous poursuivons notre randonnée vers un second point de vue où l’on apercevra d’autres caribous et quelques « stone sheeps ».

Nous n’avions pas prévu de marcher toute la journée, on a faim et la nuit tombe. Nous prenons la direction de notre spot pour la nuit à quelques kilomètres. Sur la route, deux masses sombres traversent. Nous ralentissons. Ce sont des ours ou plutôt, des grizzlis, nos premiers vrais grizzlis ! Ils sont massifs. Nous sommes à la fois contents et inquiets car ils se trouvent seulement à quelques dizaines de mètres de notre campement. Arrivés, on descend du véhicule pour aller faire la vaisselle dans le ruisseau situé en contre-bas. On chante, on agite les assiettes pour prévenir (effrayer) les ours qui ne doivent pas être loin. Et, c’est le moins que l’on puisse dire, à quelques pas, on aperçoit rapidement une tête dépassée du talus. L’ours se tient sur ses pattes arrière, et s’enfuit à notre vue (et notre bazar). Nous, on se réfugie, doucement mais surement, dans notre van.
Je ne ressortirai pas du véhicule, le courageux Geo, lui, ira tout de même faire la vaisselle.

Au matin suivant, Geo repart faire la vaisselle (oui, vous remarquerez que c’est souvent le même, et c’est vrai, moi je déteste ça !). Quelques minutes après, j’aperçois deux chèvres galoper dans sa direction. J’ai peur de la réaction de mon brave. Alors, ni une ni deux, je m’arme de mon bâton de marche et cours à sa rescousse. Geo rentre de la vaisselle comme si de rien était. Les deux individus se retrouvent coincés en sandwich entre nous deux. Ils s’arrêtent net et nous regardent ahuris. Ce qui est réciproque car il s’agit, non pas de deux chèvres, mais d’un caribou et de son jeune (ok, je n’étais pas encore réveillée ce matin). Après quelques secondes de flottement, ils s’enfuient dans le bois et nous, nous retournons à nos occupations.
Nous hésiterons longtemps à nous engager pour une randonnée de 4 jours, mais le temps incertain, le froid, la présence d’ours, le manque de fréquentation et l’absence de balisage, nous ferons renoncer (liste non exhaustive de mes excuses).

En contrepartie, nous ferons plusieurs randonnées à la journée, dont une, extrêmement minérale, à la tombée du soir (du grand classique avec Geo : il est 18 h alors pourquoi ne pas se lancer dans une rando de plusieurs heures ?). La lumière couchante rendra le spectacle magique. Geo l’a d’ailleurs élu « meilleure rando du Canada ! », et ce, malgré le retour à la frontale.
Nous poursuivons notre route. Toujours aucune trace des bisons (hormis les anciennes grosses bouses au milieu de la Highway et l’herbe couchée sur le bas-côté). Je commence à perdre espoir. Nous venons de dépasser les kilomètres où ils ont été aperçus dernièrement. Manque de chance, je suis triste et déprimée. Finalement, j’aperçois une masse marron dans l’herbe, un bison !

Il est énorme et nous sommes juste à quelques mètres de lui. Je suis super contente. Nous restons plusieurs minutes à l’observer, tandis que les quelques voitures que l’on croise, ralentissent à peine. Je comprends pourquoi, plus loin, nous tomberons sur des troupeaux de plusieurs dizaines d’individus. C’est presque trop facile !

Nous observerons aussi un animal non identifié, un vieux loup, un coyote, un renard albinos, le chien du voisin, on attend toujours la confirmation de nos éminents écologues.

Nous arrivons tranquillement au poste frontière du territoire du Yukon où nous obtenons notre laisser-passer de 24 heures (heureusement, je ne me voyais pas faire un demi-tour de 1500 km). Nous arrivons à Watson Lake, où il nous sera impossible de trouver une connexion internet pour dire à la famille « tout va bien ». A vrai dire, depuis que nous avons dépassé Prince George, le réseau cellulaire est … inexistant.
Au détour d’une rue, on découvre, comme par enchantement, une superbe forêt de… panneaux. Mince, on voit des panneaux et plaques d’immatriculation du monde entier… On n’avait pas prévu le coup. On réfléchit à ce que nous aurions dans notre van. On ouvre les coffres, on retourne les caisses de rangement. Qui va la, la vieille planche en bois que l’on transporte depuis le Québec (une parade en cas d’embourbement d’après Geo, je suis toujours perplexe avec certaines de ses idées). Cela fera parfaitement l’affaire, et voilà le résultat !

Notre court séjour au Yukon est terminé. Nous mettons le cap au sud avec une petite boule au ventre. Nous avons atteint le point le plus éloigné de notre voyage. L’aventure n’est pas terminée pour autant car il nous reste plusieurs milliers de kilomètres à parcourir pour rentrer mais nous sommes désormais plus proche de la fin que du départ…

On s’engage donc à contre-cœur sur la Stewart-Cassiar Highway, une route longue de 700 kilomètres, étrangement déserte.
Suite au prochain épisode !
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